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L’Iboga une racine africaine au secours des maux de l’occident

par Mallendi et Bilou

mardi 12 juin 2007, par Eric Marchal


L’Iboga une racine africaine au secours des maux de l’occident

- par Mallendi et Bilou
- source : http://savoirsdafrique.org/

* 1 La racine d’iboga

Au cœur de la forêt primaire africaine pousse un arbuste dont les pygmées ont commencé à utiliser la racine il y a des centaines d’années. L’arbuste et les racines s’appellent iboga, le mot vient du verbe " boghaga " qui signifie " soigner " en langue tsogho. L’iboga c’est le bois qui soigne, considéré comme "Bois Sacré" pour ses capacités thérapeutiques et son pouvoir visionnaire, du sud Cameroun au nord Congo.

Il est au cœur de pratiques médicinales et spirituelles dont la principale s’appelle le "bwiti".

Au Gabon, l’iboga a été déclaré "Patrimoine National" en l’an 2000. Or cette racine africaine pourrait bien soigner des maux devant lesquels la médecine occidentale est impuissante, comme les névroses (dépression, angoisses...) et les dépendances aux drogues.

* L’IBOGA

L’iboga pousse dans la forêt, dans la savane, sur tout le territoire gabonais. On le trouve aussi au sud du Cameroun, au Congo et en Guinée équatoriale, c’est à dire sur les pays frontaliers. En dehors de ces trois pays, on ne le trouve nulle part ailleurs, et bien que des équipes de scientifiques françaises et américaines aient essayé de l’acclimater en Occident, toutes leurs tentatives ont échoué. On dit à ce sujet que c’est parce que la terre n’y est pas assez riche...le Gabon est un pays d’Afrique placé sous l ‘équateur, bénéficiant en effet d’une exceptionnelle biodiversité, aussi bien par la richesse de sa faune, que de sa flore et ses gisements miniers.

L’iboga est l’une des plantes rares qui poussent au Gabon. C’est un arbuste qui ne dépasse pas les deux mètres de haut, qui fleurit et porte des fruits. Avant la floraison, ses fruits sont verts, puis ils deviennent jaunes. C’est une plante qui a de multiples vertus thérapeutiques. De la racine jusqu’au fruit, elle est utilisée pour nombre de traitements.

Iboga », cela signifie « Bois Sacré » ; elle mérite cette appellation du fait que c’est une plante initiatique, c’est à dire qui permet de faire le lien avec le Sacré, avec la Connaissance. On la compare à l’Ayahuasca, le Peyotl, pour ses propriétés psychotropes et anthéogènes. Toute une culture s’est construite depuis des millénaires autour de cette plante, une philosophie, un art de vie. Cette philosophie s’appelle le Bwiti.

L’ibogaïne (l’alcaloïde principal contenu dans les racines d’iboga) a été isolée en France en 1901 puis commercialisé à très faible dose comme antiasthénique, avant d’être redécouverte pour ses vertus psychothérapeutiques et anti-drogues, à moyenne et forte dose, dans l’Amérique des années 1960. Depuis, de nombreuses recherches en laboratoire ont confirmé son efficacité pour le sevrage de la consommation de drogues aussi variées que la morphine et ses dérivés, la cocaïne, les amphétamines, l’alcool...

L’ibogaïne ainsi que les autres principes actifs contenus dans l’iboga agissent en effet sur les multiples zones du cerveau où se jouent les dépendances aux drogues. Et leur action se prolonge pendant des semaines et des mois : ainsi l’ibogaïne est métabolisée par le corps en une version longue durée qui a ses propres effets anti-drogues, et agit sur la confiance en soi et le bien-être général (via son action sur la sérotonine). En dehors de ces effets biochimiques, l’iboga déclenche un travail d’introspection qui peut permettre des progrès spectaculaires. C’est une plante qui ouvre des portes, celle de la conscience en premier. L’iboga provoque une intense réflexion sur soi, en même temps qu’un recul, qui permet à chacun de prendre conscience de ses problèmes et de leurs causes.

* 2 Anti-dépendance, sevrage

Parallèlement, de nombreuses personnes ont suivi des traitements anti-dépendances avec l’ibogaïne, l’iboga ou un extrait d’iboga, de façon plus ou moins organisée avec des résultats particulièrement encourageants sur les dépendances à l’héroïne, à la méthadone, à la cocaïne et au crack. L’ibogaïne a même été dans les années 1990 au centre d’un projet d’études cliniques du NIDA (National Institute on Drugs Abuse), l’Institut national américain de recherches sur les drogues, qui n’a jamais vu le jour, à la fois pour des raisons politiques et en raison du coût des recherches nécessaires pour prouver son action, particulièrement large et complexe. Cette plante, protégée par le Gabon, est désormais difficile à breveter dans son principe actif, ce qui entraîne un certain désintérêt des grands laboratoires.

L’iboga agit autant sur la dépendance physique (disparition des signes de manque) que sur la dépendance psychologique, le « besoin » ou l’« envie » de consommer sa drogue.

* 3 Séminaire thérapeutique, initiation

Lors des cérémonies initiatiques ou thérapeutiques, l’accompagnement rituel permet de tirer le meilleur du potentiel du "Bois" tout en minimisant les risques. L’administration très progressive permet d’adapter la dose à chacun. Les patients sont accompagnés sur la durée, leurs réactions constamment surveillées, le "Nganga " (guérisseur et maître de cérémonie) les encourage sans cesse à parler de l’expérience, les aide à l’analyser. Tout le rituel, jusqu’à la musique elle-même, a une utilité thérapeutique. Le cérémonial, ces attentions de tous les instants, cette proximité, sont autant d’éléments qui manquent à la médecine occidentale parfois dépersonnalisée, aussi bien en psychiatrie que pour le traitement des dépendances.

La médecine occidentale, par sa méthode d’approche, soigne le corps à partir de l’observation des symptômes douloureux. Savoirs d’Afrique va proposer à des médecins occidentaux d’observer avec attention les mécanismes mis en œuvre par le Bwiti et l’iboga. Comprendre, se comprendre...

Pendant l’initiation, des visions apparaissent. Ces visions d’intensité variable selon les personnes, sont des sortes de rêves éveillés auxquels le sujet assiste en toute conscience. Ces visions ont une utilité thérapeutique qui a pu être démontrée. Pendant plusieurs jours, l’initié confie son expérience et son ressenti. Les accompagnants l’aident à exprimer tout cela, et participent à cette connaissance d’éléments nouveaux pour l’initié. L’iboga semble aussi ouvrir la mémoire émotionnelle, cette mémoire gravée sous forme d’images dans une zone particulière du cerveau et habituellement inaccessible. Cette mise à jour des émotions se produit dans un état émotionnel souvent neutre et détaché.

* 4 Le Bwiti au Gabon

Le Bwiti est la tradition spirituelle du Gabon qui a codifié et ritualisé l’initiation à l’iboga. Tout est pensé à la lumière d’une pratique ancienne. Seuls les guérisseurs confirmés (les ngangas) ayant suivi un long apprentissage peuvent pratiquer des « consultations » et administrer l’iboga lors des initiations. L’initiation n’a lieu qu’une fois dans la vie, car les initiés n’auront le droit de refaire ce voyage vers le monde des esprits qu’au moment de leur mort. Ce qui veut dire que plus jamais ils ne reprendront de l’iboga à d’aussi fortes doses. En Afrique, ce Bois Sacré n’est pas du tout pris ou considéré comme une drogue. D’ailleurs l’iboga n’est pas une drogue. La prise d’Iboga demande un accompagnement par des praticiens expérimentés. La prise elle-même, le déroulement et la manière de se questionner et de ressentir sous iboga agissent alors comme une "psychothérapie accélérée". Les tradi-praticiens bien sûr, mais maintenant des médecins et psychologues occidentaux, affirment que l’iboga permet de soigner certains troubles psychologiques, comme la dépression, les angoisses et blocages, phobies, liés à des événements émotionnels traumatisants. Sans accompagnement, on ne peut pas arriver à grand-chose. Il faut déjà être soutenu pour dépasser les vomissements, et surtout être surveillé et aidé pour mettre en mots et analyser ce qu’on voit.

Prendre de l’iboga tout seul n’est pas intéressant, et même si l’iboga et l’ibogaïne ne sont pas toxiques, dans certaines conditions, ça peut être dangereux. Il y a des contre-indications importantes. Une personne souffrant de troubles cardio-vasculaires doit à tout prix éviter d’en prendre seule, voire ne pas en prendre du tout si elle souffre de troubles sévères, car l’iboga agit sur le rythme du cœur et la tension. D’ailleurs, les ngangas prennent régulièrement le pouls des personnes initiées, et les promoteurs des traitements à l’ibogaïne conseillent d’être surveillé par électrocardiogramme. Le risque est encore plus grand pour les usagers de drogues, et notamment pour les usagers d’héroïne : l’ibogaïne diminuant la tolérance en même temps qu’il potentialise l’effet des opiacés, la prise d’héroïne pendant le traitement à l’iboga fait courir un risque très important d’overdose. Il faut donc respecter une abstinence absolue, commencée quelques heures avant le traitement à l’iboga, qui permet heureusement de faire disparaître le manque rapidement.

Le Bwiti, en résumé, c’est la culture qui s’est construite autour d’Iboga, c’est un ensemble, métiers traditionnels, personnes qui étudient les vertus des plantes médicinales de la forêt du Gabon. C’est une tradition ancestrale transmise aux gabonais par les pygmées, qui s’est léguée de générations en générations jusqu’à la nôtre, et qui nous a permis de connaître les vertus de cette plante, par l’utilisation de ses racines, son écorce, ses feuilles et ses fruits.

* 5 Un accès à la grande énergie

Un Yoga de l’énergie. Un des effets de la plante est de maintenir éveillé. Le rituel du Bwiti pendant l’initiation et les veillées qui suivent est rythmé par des chants et des danses qui permettent à l’énergie de circuler dans le corps. Cette perception aide à se sentir plus « dans son corps », à s’incarner. Beaucoup de personnes témoignent de cette réalité.

Une veillée Bwiti dure une douzaine d’heures, et ses effets sur le corps et sur l’énergie personnelle se ressentent sur plusieurs semaines. Cette énergie mobilisée redonne motivation et goût à la vie.

Cela permet de reconsidérer notre relation aux autres.

* 6 Initiation et éveil, ouverture, s’aimer soi même

L’Iboga, appelé aussi « plante des ancêtres », permet à l’initié de voir son histoire personnelle « en observateur ». Cette curieuse perception des événements traumatisants lui donne une compréhension juste et distanciée. Bien conduite, bien comprise, cette initiation lui permet de se libérer et de réapprendre à agir avec des comportements plus libres et plus positifs.

Cette approche est celle des grandes spiritualités, en particulier celle du Bouddhisme tibétain. Elle rejoint en cela les thérapies comportementales et cognitives de la psychologie moderne.

L’iboga provoque une ouverture de conscience. En même temps, la plante nous fait percevoir que tout ce qui est vivant est doué d’une certaine conscience. L’iboga permet au toxicomane d’observer sa dépendance et ses causes, et d’effectuer en peu de temps un travail personnel de reconstruction. Cela permet une réconciliation avec soi-même.

S’aimer soi-même, devenir libre des ses émotions, changer sa relation aux autres. La motivation personnelle est bien sûr nécessaire et indispensable. Engager une thérapie par l’iboga signifie que l’on est prêt à se lancer dans un travail de remise en question. Comprendre la nature essentielle de notre être nous permet de l’accepter et de mieux l’aimer.

* 7 Une thérapie rapide

L’accompagnement dans l’initiation est très important. Surtout pour le traitement des narco-dépendances, qui demande des doses particulièrement élevées pendant l’initiation, et un suivi avec quelques veillées tout au long du sevrage.

Pour que les effets soient durables, l’ex-usager de drogues doit couper avec ses habitudes et ses relations de "défonce". (Cela dit, il paraît que certaines personnes traitées avec l’ibogaïne ont arrêté leur consommation même sans réel désir au départ, et même en vivant avec d’autres junkies... À voir).

L’iboga est le seul traitement connu qui libère de la dépendance sans créer une nouvelle dépendance. Cette particularité exceptionnelle en fait une plante unique. Contrairement à certains médicaments comme la méthadone ou le Subutex, l’iboga ne devient pas un produit de substitution. Un traitement bien mené peut suffire à supprimer l’usage de drogues sur une période de quelques semaines à toute une vie, selon les gens.

Avec l’iboga, pas de notion de plaisir, souvent associée à la dépendance. Le goût est tellement amer, qu’on n’a pas envie de l’absorber. Surtout, le corps ne réclame pas l’iboga, il faut se raisonner pour en prendre. Dans l’initiation à l’iboga, l’amertume fait vomir plusieurs fois.

L’iboga est parfaitement adapté aux poly toxicomanies, car il crée une aversion pour les produits tels que l’alcool, l’héroïne, la cocaïne, le crack... En particulier, le syndrome du stress post-traumatique (SSPT) est bien identifié sous iboga. Les veillées Bwiti sont codifiées depuis des millénaires. Des chants et des danses, accompagnés par les instruments de musique traditionnels du Bwiti, se succèdent, avec le souci d’être hyper vigilant, hyper présent, attentif à chaque instant qui passe.

Il participe ainsi à la réduction des risques en permettant aux toxicomanes d’abandonner leur seringue et d’éviter ainsi les risques sanitaires qui y sont liés (sida et hépatites notamment).

Mais aujourd’hui l’iboga est menacé. D’abord à la source, parce que sous l’effet d’une exploitation commerciale irraisonnée, la forêt primaire africaine est rognée chaque jour un peu plus, et avec elle, des centaines de variétés d’arbres et de plantes sont en voie de disparition. L’iboga a beau être " Patrimoine National " au Gabon, ce n’est pas pour autant une espèce protégée, et les arbustes d’iboga de la forêt finissent rasés et abandonnés sur place dans les grands "chantiers forestiers".

Le principe actif de l’iboga, reconnu dans le monde entier, est revendiqué par des demandes de brevets. Les intérêts des multinationales intéressées par la biologie du vivant sont énormes. Un peu partout dans le monde, certains pays sont devenus les otages de leurs fournisseurs. En Argentine, le pays est maintenant couvert de soja transgénique pour lequel les agro céréaliers réclament des royalties très importantes. Pour obtenir l’exclusivité de la fabrication et de la vente de ces produits, la Food & Drug Administration (FDA) américaine commence par répertorier tous les principes actifs comme dangereux, pour mieux les commercialiser aux conditions des brevets de médicaments. Il nous semble que la prise de l’iboga dans le cadre du rituel Bwiti est le cadre qui donne les meilleures garanties d’efficacité et de sécurité.

L’iboga, plante anthéogène, plante sacrée, est lié depuis toujours aux savoirs traditionnels Bwiti, longtemps méconnus, parfois méprisés avec une certaine dérision. En France, l’iboga est menacé d’interdiction, simplement parce que, par manque d’informations, il est cité comme une drogue : ainsi, deux rapports parlementaires récents pour la révision de la législation sur les stupéfiants l’assimilent à d’autres "drogues exotiques" (l’un parle de " liane africaine ") et préconisent son interdiction. Les savoirs qui entourent l’iboga en Afrique sont le fruit d’une longue expérience thérapeutique.

Ils devraient être reconsidérés, sans mépris ni condamnation hâtive.

* 8 F. A.Q : Questions-réponses sur l’iboga

o Quels sont les effets de l’iboga ?

Tout dépend des doses.

Principalement :
- A faible dose, l’iboga est un tonique et favorise la concentration.

- A dose moyenne, l’iboga entraîne une activité réflexive intense centrée sur une introspection personnelle.

- A forte dose, l’iboga peut provoquer des visions, d’intensité et de durée variable selon les individus. Les visions sont des images claires, des projections de l’esprit qui se superposent à la réalité environnante, ou apparaissent les yeux fermés, comme des rêves éveillés. Le corps devient lourd et atone. L’état émotionnel est plutôt neutre, analytique et détaché.

o Comment utilise-t-on l’iboga en Afrique ?

L’arbuste d’iboga pousse dans les forêts du Gabon, du Sud Cameroun et du Nord Congo/Brazzaville. L’usage des écorces des racines de l’arbuste, particulièrement concentrées en alcaloïdes, vient des pygmées et s’est diffusé d’ethnie en ethnie, grâce à son potentiel thérapeutique et visionnaire. De nombreux rites se sont constitués autour de l’iboga dont le principal est le bwiti.

L’iboga est utilisé couramment à faible dose comme tonique et pour renforcer les résistances immunitaires de l’organisme (d’où son surnom de « ginseng africain »). Les guérisseurs s’en servent pour soigner diverses maladies comme la maladie du sommeil, le paludisme1, la grippe, les troubles psychologiques ou l’alcoolisme. L’iboga n’est utilisé à forte dose que pour l’initiation au bwiti, qui a un but thérapeutique autant que spirituel. L’initiation dure en général trois jours, pendant lesquels les candidats à l’initiation mangent de grosses quantités de raclures d’iboga. La nuit ont lieu des cérémonies avec des chants, de la musique et des danses, auxquelles participent les anciens initiés, ouvertes au public des environs. Ces trois jours sont clôturés par la « renaissance » des initiés en des êtres nouveaux, avancés sur la voie de la clairvoyance.

Le célèbre Dr Schweitzer, Prix Nobel, qui exerçait à Lambaréné au Gabon, s’en servait lui aussi pour soigner le paludisme, tout comme les guérisseurs traditionnels. Il essaya de faire connaître l’iboga et participa à la diffusion de comprimés d’ibogaïne de son vivant. L’efficacité de l’iboga contre le paludisme n’a pas encore été étudiée scientifiquement, mais des recherches scientifiques sont en cours dans différentes université du Brésil sur les capacités anti-paludiques d’une plante cousine d’Amazonie, contenant également de l’ibogaïne, la Peschiera.

o L’iboga est il une drogue ?

Même en Occident, où certaines personnes sont curieuses de consommer toutes sortes de drogues, les risques d’abus ou de trafics sont vraiment très limités avec l’iboga parce que prendre de l’iboga n’est pas agréable. Pour arriver au stade des visions, il faut avaler des cuillères de copeaux de bois au goût particulièrement puissant et amer. En plus du goût, il faudra encore affronter les nausées, puis des vomissements (une purification nécessaire selon les tradithérapeutes).

o Prendre de l’iboga est plutôt une épreuve qu’un plaisir.

L’iboga ne donne pas de plaisir ; on ne plane pas ; on reste tout à fait soi-même.

C’est la plante de la réflexion et de l’introspection personnelle. L’iboga met les individus à nu, face à eux-mêmes. On ne prendra pas d’iboga pour se défoncer, danser en rave ou sortir en boîte, ni même pour se faire un trip entre copains, activités pour lesquelles il existe des substances plus ludiques.

La plupart des drogues sont consommées pour s’étourdir dans la recherche du plaisir, ce qui est l’opposé de l’iboga, qui nous invite à être lucide sur nous même.

L’iboga n’est pas toxique. En soi, l’ibogaïne aurait une toxicité proche de celle de l’aspirine. A dose thérapeutique elle n’entraînerait aucun dommage in sur le cerveau, ni sur les autres organes du corps. Elle pourrait même avoir une action neuro-protectrice.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de risques. Il ne faut en aucun cas en prendre seul ou mal accompagné. Ainsi l’iboga à forte dose peut provoquer des effets secondaires passagers au niveau cardio-vasculaire. L’accompagnement des guérisseurs africains permet de maîtriser les risques et d’optimiser l’efficacité de l’iboga, car en donnant le Bois lentement et progressivement, ils adaptent précisément la dose efficace à chacun.

Surtout, l’iboga ne provoque aucune dépendance avérée, ni physique ni psychique. D’autant qu’il n’y a pas, au contraire de toutes les drogues, qu’elles soient légales ou non, de « redescente ». Au contraire, après une initiation en Afrique comme après un traitement anti-drogue en Occident, les personnes se réveillent en pleine forme après un sommeil court et réparateur. Ils se sentent positivement changés, « re-nés », ont gagné en confiance. Les effets de l’iboga se prolongent longtemps.

Des scientifiques ont montré que l’ibogaïne est stockée et transformée en version longue durée dès la fin de sa digestion, et que les effets de son « métabolite » durent des semaines et des mois. Or ce métabolite a des effets thérapeutiques, notamment sur les dépendances aux drogues et certains troubles psychologiques et psychiques. Il améliorerait même l’humeur, en agissant sur la sérotonine (messager du bien-être dans le cerveau).

L’iboga ne pourra pas être au centre de trafics. Car c’est une plante rare qui ne pousse qu’autour du Gabon, où elle déclarée Patrimoine National, ce qui veut dire que son exportation est quasiment interdite.

De plus, il faut des années pour que les racines de l’arbuste se développent suffisamment. Enfin, aucun dealer n’aura intérêt à vendre cette plante anti-dépendances. Les propriétés neuroprotectrices de l’iboga seraient liées à l’action particulière sur les récepteurs NMDA dans le cerveau.

Un brevet a récemment été déposé sur l’ibogaïne comme médicament anti-neurotoxique, plus exactement comme « réducteur des dommages excito-toxiques sur le cerveau » avec des usages proposés sur les « douleurs neuropathiques » ou les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer par exemple par le Dr Olney, consultant au NIDA (National Institute of Drugs Abuse, institut national américain de recherche sur les drogues) (Olney (1997), Use of ibogaine in reducing excitoxic brain damage. US Patent. 626. 307).

L’iboga n’a donc pas les caractéristiques d’une drogue. C’est même le contraire...

o Comment ça marche ?

L’iboga a une action large et complexe dans le cerveau, puisqu’il agit sur différentes zones3, de nombreux récepteurs4 et mobilise la plupart des neurotransmetteurs connus à ce jour. Son action s’est révélée particulièrement efficace contre certains maux psychiques et contre les dépendances aux drogues.

Les visions elles-mêmes ont un fort potentiel thérapeutique. C’est une chance unique d’assister, conscient, à ces rêves éveillés qui sont des manifestations de l’inconscient. L’iboga donne accès à la mémoire émotionnelle5, qui stocke sous forme d’images les événements marquants de notre histoire personnelle, quasi inaccessible dans la vie courante (sauf choc émotionnel ou au moment de la mort). L’iboga permet de revoir ces événements dans un état émotionnel neutre et détaché, ce qui est unique.

Enfin, l’afflux prolongé d’ondes du rêve6 aurait un effet restructurateur. L’iboga opèrerait un genre de "reset" dans le cerveau, particulièrement efficace contre les drogues, effaçant les dépendances, et remettant la "tolérance" à zéro : les usagers réguliers redeviennent ainsi en quelque sorte des novices.

La phase de réflexion et d’introspection permet un travail psychothérapeutique personnel important. L’iboga suscite un questionnement sur soi. Les individus se voient avec un recul inédit, et revoient certains choix, certains événements de leur vie sous un autre jour, dédramatisé, et s’aperçoivent que d’autres solutions sont possibles. L’iboga fait prendre conscience aux gens de leurs problèmes et de leurs causes.

Les quelques psychiatres occidentaux qui ont utilisé l’iboga ou l’ibogaïne ont été surpris des progrès uniques sur les angoisses, les blocages, les dépressions, ou même sur les « stress post-traumatiques » (PTSD) consécutifs à des événements traumatisants comme les guerres, les attentats ou les abus sexuels.

L’iboga permet des changements profonds et durables. Ceux qui ont pris de l’iboga ou de l’ibogaïne continuent à réfléchir sur le contenu de leur expérience des mois après et leur comportement s’améliore. Au Gabon, on dit que « le Bois travaille sur la durée ».

Enfin, les psychiatres occidentaux ont noté que l’expérience créait une « fenêtre d’opportunité », ce qui veut dire que les gens montrent ensuite plus d’intérêt et de capacité d’engagement dans des psychothérapies.

o Qu’est-ce qui permet d’affirmer que l’iboga est une plante anti-drogue ?

La recherche scientifique et l’expérience des traitements réalisés le montrent, l’ibogaïne (mais aussi d’autres alcaloïdes également présents dans l’iboga) permet d’interrompre les dépendances à des drogues aussi diverses que les opiacés (héroïne, morphine), la méthadone, la cocaïne et le crack, les amphétamines, l’alcool...

Jusqu’à présent, les occidentaux se sont surtout intéressés à l’ibogaïne, premier alcaloïde isolé chimiquement en France en 1901. On savait déjà que l’ibogaïne potentialisait l’action anti-douleur de la morphine, permettant de diviser les doses par deux pour une même efficacité. C’est aux Etats-Unis dans les années 60, que le potentiel anti-drogue de l’ibogaïne a été découvert par hasard, par un certain Howard Lotsof, qui a ensuite convaincu des scientifiques d’effectuer des recherches sur le sujet.

Depuis la fin des années 1980, de nombreuses recherches ont été menées en laboratoire, principalement aux Etats-Unis et en Hollande. Et de nombreux traitements ont été menés de par le monde, de façon plus ou moins organisée. Les résultats des recherches menées vont dans le sens de ce qui a été clamé par la plupart des ex-toxicomanes traités : l’iboga comme l’ibogaïne interrompent le besoin de drogues très diverses.

Un grand nombre de ceux qui ont réessayé leur drogue habituelle après de tels traitement remarquent qu’elles n’agit plus comme avant : leurs effets sont décevants, ou il en ont moins le goût. Comme s’ils avaient « désappris » leur drogue, alors qu’elle était devenue plus attrayante avec le temps. L’ibogaïne est apparue comme un interrupteur de dépendances particulièrement efficace, tant sur la dépendance physique que sur la dépendance psychologique.

Le manque physique disparaît rapidement (dès une heure après l’ingestion), ainsi, dans une proportion variable selon les individus, que l’envie et le besoin (craving en anglais) de drogues. Il y a d’abord l’effet biochimique de l’ibogaïne, active sur les différentes zones clés des dépendances aux drogues dans le cerveau. Les animaux de laboratoire habitués à s’auto-injecter de la morphine ou de la cocaïne à loisir diminuent leur consommation de façon sensible -jusqu’à 80% pour la cocaïne- et prolongée (parfois pendant plusieurs semaines).

Les études concernant la consommation d’alcool chez les animaux montrent également une très nette diminution de la consommation, parfois même son arrêt total. Les guérisseurs africains utilisent couramment l’iboga pour soigner l’alcoolisme.

De nombreuses personnes traitées pour des problèmes de drogues avec de l’ibogaïne ont également arrêté le tabac - les cigarettes ne leur faisaient plus d’effet. Les recherches sur les rats confirment que l’ibogaïne interfère avec les effets neurochimiques et comportementaux associés à la nicotine.

Les principes actifs de l’iboga touchent toutes les zones cérébrales liées à la dépendance aux drogues connues à ce jour. Grâce à leur action complexe et complète dans le cerveau, l’iboga ou l’ibogaïne seraient capables d’y rétablir les fonctionnements déréglés.

Il y a désormais assez d’éléments scientifiques pour supposer qu’à des doses thérapeutiques elles opèrent un « reset » ou une « normalisation » des neuroadaptations liées à la "sensibilisation" ou à la "tolérance". D’ailleurs l’ibogaïne est apparue plus efficace sur l’auto-administration de drogues (morphine, amphétamines et cocaïne) pour les animaux qui en consommaient depuis longtemps, et chez lesquels ces déréglement cérébraux étaient déjà apparus, plutôt que sur les « novices ».

Enfin, on peut penser que l’action de l’iboga et de l’ibogaïne sur les zones a priori impliquées dans l’apprentissage et les réflexes conditionnés (amygdale, hippocampe et cortex frontal) pourrait aussi être à l’origine d’un « désapprentissage » des drogues. Cela permettrait de mieux comprendre pourquoi certaines personnes traitées ont réussi à rester abstinentes même en rencontrant des personnes, des lieux ou des contextes qui auraient dû provoquer des réflexes de besoin de drogue.

o Est-ce un produit miracle, alors ?

Si l’iboga a un potentiel thérapeutique unique, qui dure souvent des semaines et des mois, ce n’est pas pour autant un produit miracle, contrairement à ce qu’affirment par excès d’enthousiasme certaines personnes traitées.

Car ça ne marche pas à 100% pour tout le monde, et parce qu’il est très important d’être motivé et bien encadré. C’est une affaire très personnelle. La réussite d’un traitement avec de l’iboga et de l’ibogaïne dépend de la capacité d’implication et d’auto-analyse des individus.

Par ailleurs, des chercheurs ont trouvé que la métabolisation de l’ibogaïne dépendait de la présence d’un gêne, dont sont privés environ 10% de la population, chez qui un traitement ne pourra donc pas avoir les mêmes effets, notamment sur la durée.

Il faut savoir qu’au Gabon, l’Iboga ne s’utilise pas hors du contexte des rites traditionnels du Bwiti. Iboga et Bwiti sont un couple inséparable, le Bwiti n’existerait pas sans l’Iboga, et l’Iboga ne s’utilise pas sans le Bwiti.

Lorsque l’Iboga va être utilisé, la thérapeutique doit être impérativement accompagnée de son rite, et pour trouver l’accompagnement rituel, il faut s’adresser au Nganga, le guérisseur, celui qui a la connaissance des vertus de la plante aussi bien que des rituels, celui qui a le mode d’emploi en quelque sorte.

Il y a quatre espèces d’Iboga en forêt, dont une qui est toxique, aussi il est d’autant plus indispensable de se référer à un Nganga pour son utilisation.

Il ne viendrait jamais à l’idée d’un gabonais, connaissant son caractère sacré et les risques d’utilisation non contrôlée, d’aller ramasser et consommer tout seul Iboga !

Lorsqu’un gabonais consulte un Nganga, c’est parce qu’il a un problème de santé sérieux, et pour lequel la médecine moderne n’a pas trouvé de remède. À ce stade, seul le Nganga décide, après la consultation, si l’Iboga va être nécessaire pour guérir le patient, et lui seul conduit l’initiation.

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